Santé mentale : Mind admet avoir occulté les risques de violence liés à certains troubles
C'est ce que reconnaît désormais la directrice générale de Mind, l'une des principales charities de santé mentale au Royaume-Uni, dans des déclarations rapportées par The Guardian à l'approche de la…

La psychose schizophrénique touche environ 0,5 à 1 % de la population générale. Parmi les personnes diagnostiquées, une minorité présente un profil à risque de passages à l'acte violent, un fait documenté par la littérature psychiatrique mais que le secteur associatif de santé mentale britannique a longtemps évité de formuler publiquement. C'est ce que reconnaît désormais la directrice générale de Mind, l'une des principales charities de santé mentale au Royaume-Uni, dans des déclarations rapportées par The Guardian à l'approche de la clôture de l'enquête publique sur les attaques de Nottingham.
Un aveu institutionnel sans précédent dans le secteur
La Dre Sarah Hughes, à la tête de Mind depuis quatre ans et active dans le secteur depuis près de quatre décennies, a déclaré que les organisations caritatives spécialisées en santé mentale avaient échoué à reconnaître le risque de violence émanant d'une minorité de personnes souffrant de troubles mentaux sévères. Selon ses propos publiés par le quotidien britannique, le secteur s'est tenu à un récit selon lequel la majorité des personnes concernées ne commettent pas d'actes violents — ce qui est exact, mais occulte le fait que certains le font, avec des conséquences graves.
Mind a organisé une table ronde à Westminster réunissant des experts pour discuter du rôle que les services de santé mentale doivent jouer dans la protection du public et des patients. Hughes a reconnu que la volonté de réduire la stigmatisation a, par moments, conduit à minimiser les sujets les plus difficiles.
Le cas Nottingham comme catalyseur
L'enquête publique porte sur les événements du 13 juin 2023: trois personnes ont été tuées à Nottingham par un homme diagnostiqué schizophrène paranoïde trois ans plus tôt. L'individu avait accumulé des incidents violents dans les années précédentes, refusé de manière répétée la prise de médicaments et fait l'objet de quatre hospitalisations sous contrainte en l'espace de deux ans. Sa mère a qualifié le système de santé mentale de « complètement brisé » lors de son témoignage devant l'enquête.
La mère de l'une des victimes a accueilli favorablement les propos de Hughes, estimant que le danger pour autrui avait été délibérément minimisé dans le discours public. Elle a appelé les organisations caritatives à mener cette conversation difficile sans crainte de mentionner les risques de violence.
Ce que cela change pour la pratique clinique et la télésanté mentale
Pour les professionnels exerçant en télépsychologie ou dans le suivi ambulatoire, cette reconnaissance publique a des implications concrètes:
1. Évaluation du risque: protocoles de dépistage systématique des antécédents de violence, même en consultation à distance, en s'appuyant sur des outils validés (HCR-20, VRAG-R).
2. Documentation: consigner les refus de traitement, les ruptures de suivi et les signaux d'alerte, afin de constituer un dossier exploitable en cas de crise.
3. Coordination interprofessionnelle: maintenir un lien avec le réseau de soins de proximité (psychiatre, équipes CMP) pour les profils à risque élevé, y compris dans les dispositifs de suivi à distance.
4. Communication: informer les patients et les familles des limites du cadre thérapeutique sans masquer les risques réels, dans un registre factuel et non alarmiste.
L'aveu de Mind ne constitue pas un changement de paradigme clinique — les données sur la violence liée aux psychoses sévères existent dans la littérature depuis des décennies. Il marque toutefois un tournant communicationnel dans le secteur associatif: la reconnaissance que la lutte contre la stigmatisation ne doit pas se faire au prix de l'omission d'un risque documenté. Pour les praticiens, le message est clair: la rigueur clinique, y compris sur les sujets sensibles, reste le meilleur rempart contre tant le danger que la discrimination.